Résumé
Un des buts de cette étude était de
fournir aux décideurs nationaux et internationaux des données
susceptibles d’être utilisées à des fins de réformes agraires dans
la Région des Savanes et d’y mettre en œuvre des projets de
développement agricole qui allègent la pression démographique sur
les terres dans les zones densément peuplées et mettent en valeur
par une intégration rationnelle de l’agriculture et de l’élevage,
les terres non exploitées des zones peu peuplées et des bas-fonds.
L’étude se proposait ainsi de contribuer à déterminer les
paramètres-clés ou leviers sur lesquels il faut intervenir pour
augmenter les productivités agricoles dans la région et améliorer le
niveau de vie des ménages exploitants agricoles.
Afin de réaliser cet objectif, les
données du recensement national agricole (RNA) de 1996, ont été
utilisées. Ce recensement a porté sur les ménages qui pratiquent
l’agriculture seule, l’élevage seule ou l’agriculture en combinaison
avec l’élevage. Environ 1193 ménages agricoles de la Région des
Savanes ont été interrogés. Une démarche d’analyse alliant une
approche descriptive et une approche explicative a été utilisée.
L’analyse de contingence et à une description de la région afin de
faire ressortir globalement les différentes caractéristiques de
cette région ainsi que leurs liens avec les principaux paramètres
qui influent sur la productivité. L’approche explicative (régression
logistique) analyse d’une part l’impact des paramètres de production
sur les productivités agricoles et d’autre part, l’effet de ces
dernières dans l’explication de la précarité des conditions de vie
des ménages exploitants.
Les résultats dégagés de l’analyse
descriptive montrent que la Région des Savanes connaît de nombreux
handicaps dans le domaine de l’agriculture. Faisant partie d’un
climat soudano-sahélien marqué par une longue saison sèche et une
faible et mauvaise répartition des pluies, cette région connaît
également un fort déboisement du à la pratique des feux de brousse
qui entraîne une forte dégradation des terres. Les analyses ont
révélé également que la Région des Savanes connaît une rigidité du
système foncier qui entraîne une inégale répartition des terres
entre les grands groupes ethniques de la région et un enclavement
des terres favorables à l’agriculture.
C’est aussi une région où
l'existence dans certaines zones d'une pression foncière croissante
est génératrice d'une aggravation de la sensibilité des sols à
l’érosion et au
ruissellement
et provoque une baisse tendancielle de fertilité.
Mais le milieu dispose
également de quelques atouts non négligeables susceptibles d’être
mis à contribution pour promouvoir un développement agricole
harmonieux de la région. Au nombre de ces atouts, nous pouvons
mentionner une main-d’oeuvre abondante et jeune, résultant de la
forte fécondité qui caractérise la région (l’ISF dans les Savanes
est le plus élevé de tout le pays). Par ailleurs, les résultats
issus de la partie descriptive ont révélé l’existence de vastes
terres arables faiblement ou pas du tout mises en valeur. De même,
les nombreux bas-fonds de la région peuvent être aménagés et mis en
valeur. Longtemps considérée comme une région sinistrée, la Région
des Savanes offre aujourd’hui le visage d’une région qui bénéficie
du soutien d’un grand nombre d’organismes d’appui au développement.
Les résultats issus de l’analyse de
régression indiquent que l’augmentation des rendements agricoles
dans la Région des Savanes est principalement influencée par les
paramètres technologiques (notamment l’utilisation de l’attelage, le
recours à l’utilisation d’engrais et l’appartenance à un groupement)
et dans une moindre mesure, par les paramètres démographiques. Ces
résultats montrent également que dans les zones de forte densité, où
le facteur main-d’oeuvre est relativement abondant et les
superficies cultivées de tailles relativement modestes, le surplus
de main-d’oeuvre n’influence pas les productivités alors que son
impact est positif et significatif dans les zones où la densité est
plus modérée. Par ailleurs, il existe une corrélation positive,
forte et significative entre les conditions de vie des ménages
exploitants et le niveau des rendements agricoles. Il ressort ainsi
que les ménages exploitants dont les rendements sont élevés sont
aussi ceux dont les conditions de vie sont les moins précaires.
Ces résultats
suggèrent un certain nombre d’actions dont certaines sont en cours
et d’autres sont à initier. Le contraste entre les deux zones
d’étude (zones de fortes densités où la densité moyenne est de 112
hab/km2 et les zones de faible densité où cette densité est de 54
hab/km2) doit être réduit à travers un transfert de la main-d’oeuvre
des zones déjà surchargées vers les zones à besoin de main-d’oeuvre.
Ce rééquilibrage permettra non seulement de réduire la pression dans
les zones denses et donc de créer les conditions d’une
régénérescence des terres, mais va également permettre aux zones de
faible densité de connaître un accroissement de leur production. Une
telle transition de l’agriculture va requérir un soutien aux
agriculteurs dans le domaine de l’accès au crédit par la mise en
place d’un système d’épargne et de crédit autogéré et proche des
paysans pour leur permettre de pouvoir investir dans leurs
productions agricoles. Une telle transition passe également par un
encadrement technique des agriculteurs qui réponde à leurs besoins
spécifiques et à leur attente notamment dans le choix de la
meilleure technique à utiliser. Dans cette perspective, le recours à
la ‘culture en allée’ semble être une solution efficace contre la
dégradation de l’environnement physique de l’agriculture dans la
Région des Savanes.
La situation
géographique de la région en fait également une zone à fortes
potentialités d’élevage. Mais, compte tenu du degré élevé de
dégradation de l’environnement dans certaines zones, il s’avère
important de diriger cette activité vers les terres actuellement
moins propices à l’agriculture par la mise en place d’un système de
pâturages naturels améliorés ou artificiels. L’intensification de
l’agriculture dans ces zones, permettra d’une part à ces terres de
se régénérer et d’autre part, mettra à disposition des zones plus
favorables des intrants organiques (fumiers, composts, etc.).
Les résultats des
analyses ont révélé que la précarité des ménages agricoles dans les
Savanes résulte soit de la faiblesse de leur rendement agricole,
soit de leur dynamique démographique élevée. Cette précarité résulte
également de la faiblesse des infrastructures routières qui ne
permettent pas aux paysans d’écouler dans les meilleurs délais leurs
productions. Aussi, est-il primordial de développer des
infrastructures routières dans la région et d’accroître les
équipements (hangars, magasins de stockage, etc.) en vue de
désenclaver les marchés ruraux et d’améliorer de façon générale le
secteur commercial de la région.
Par ailleurs, il
serait intéressant de développer les activités non agricoles qui
serviraient alors de support à l’économie agricole. Pour une région
essentiellement agricole, l’avenir des activités non agricoles
pourra être orienté vers de petites unités industrielles (pour la
transformation du riz paddy, installation de décortiqueuses
d’arachides, fabrication d’huile d’arachide et de beurre de karité,
etc.) et artisanales de transformations des produits agricoles.
Enfin, s’il est vrai que la recherche des déterminants de la
production agricole dans la Région des Savanes permet de diriger et
d’orienter convenablement les politiques agricoles en vue de réduire
la précarité des ménages agricoles de la région, il n’en demeure pas
moins vrai que la réussite d’une telle entreprise demande de la part
des autorités et des populations un engagement total. La pierre
angulaire des actions de développement dans la région étant le
rééquilibrage démographique entre les zones et la réduction des
rigidités du système foncier, il s’avère primordial de documenter à
travers une recherche à caractère qualitative, les raisons de
l’échec des différents plans mis en œuvre dans le temps. Cette
recherche permettra de documenter les rapports à la terre dans la
Région des Savanes et d’identifier des éléments d’une réforme
agro-foncière susceptible d’être favorablement accueillie par la
population de la région.
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