Résumé
L’étude sur les
homosexuels au Togo menée par l’URD, avec l’appui technique et
financier de PSI-Togo (Population Services International), a
pour but de mettre à la disposition du Gouvernement togolais et des
Responsables de Programmes de Santé de la Reproduction (SR), des
informations fiables pour la lutte contre le VIH/SIDA au sein de la
communauté des homosexuels hommes (gays). De façon plus
spécifique, cette étude vise à :
* Documenter les
contours de l’homosexualité notamment à travers ses fondements
(historiques, socio-culturels, etc.) et sa pratique actuelle ;
* Evaluer le niveau de
connaissance des gays en matière d’IST et de VIH/SIDA ;
* Cerner les
comportements sexuels des gays ;
* Identifier les
besoins des gays en santé sexuelle, en informations, en prise en
charge et en conseils ;
* Recueillir les
suggestions des gays sur les meilleures stratégies d’intervention
dans leur communauté.
Pour ce faire, une
démarche essentiellement qualitative basée sur l’approche « ethnographie
par les pairs »
a été utilisée pour la collecte des données. Dans le cadre de cette
approche, des entretiens approfondis et des Focus Groups ont été
menés auprès de 122 gays et une vingtaine de personnes âgées.
L’étude a été principalement réalisée à Lomé et ses environs, mais
aussi dans trois villes de l’intérieur du Togo (Aného, Kpalimé et
Kara). Les données ont été enregistrées sur cassettes et
retranscrites. L’analyse de contenu a été faite à l’aide du logiciel
ETHNOGRAPH. L’ensemble de l’étude a duré quatre mois (du 01 avril au
31 juillet 2006).
D’une façon générale,
les sociétés togolaises désapprouvent d’autant plus fortement
l’homosexualité que le mariage hétérosexuel reste sacré pour la
procréation. De ce fait, les gays ont été unanimes à déclarer que la
société les rejette. Or, pour ceux-ci, l’homosexualité est innée et
tout individu ayant ce penchant finira un jour ou l’autre par se
découvrir gay.
Du fait donc de
l’ostracisme dont ils font l’objet, les gays s’organisent en réseaux
dont certains sont structurés et fonctionnent comme de véritables
associations ayant à leur tête un bureau comprenant un président, un
secrétaire et un trésorier alors que d’autres optent pour une
gestion collégiale des affaires. Dans un cas comme dans l’autre, les
médias et l’Internet jouent un rôle important dans la circulation
d’informations entre les gays.
L’âge moyen aux
premiers rapports homosexuels est de 17,6 ans. Le partenaire au
premier rapport homosexuel est dans la majorité des cas un ami ou un
membre du cercle familial (oncle, cousin, frère, etc.). Ces
premières expériences, généralement consentantes, sont dictées par
l’attirance sentimentale ou physique et ont lieu sur initiative du
partenaire.
Les gays se
répartissent en quatre catégories : les ‘passifs’, les ‘actifs’, les
‘versatiles’ et les bisexuels. Les passifs sont des gays qui
affichent des maniérismes féminins (démarches ondulantes, tresses,
tenues moulantes, dépigmentation de la peau, geste des mains, etc.).
Les actifs sont ceux qui jouent le rôle de partenaires masculins des
passifs. Les versatiles sont des gays qui par moment peuvent être
passifs ou actifs alors que les bisexuels ont des rapports sexuels
avec des hommes et des femmes.
La connaissance des
gays en matière d’IST a été évaluée à partir de l’approche
syndromique. Il ressort des résultats qu’un gay sur quatre ne
connaît aucun symptôme d’IST ou confond ces symptômes avec ceux
d’autres maladies. Pour les autres, la connaissance des IST n’est
pas parfaite. En cas d’infection aux IST, les gays hésitent à
rechercher les soins auprès d’un personnel de santé par peur ou par
honte de se faire découvrir. Aussi, la plupart se soignent par
automédication ou renoncent carrément à se faire traiter.
Presque tous les 122
gays interrogés savent que le VIH/SIDA peut être contracté par voie
sexuelle et par l’utilisation d’objets tranchants. Environ 9 gays
sur 10 ont cité le condom comme moyen de prévention contre le VIH/SIDA,
même si la majorité d’entre eux (79%) ne l’utilisent pas
systématiquement lors des rapports sexuels. Les raisons évoquées
pour la non utilisation systématique du préservatif sont l’ignorance
(les gays pensent que c’est seulement par les rapports hétérosexuels
qu’on court le risque d’attraper le VIH/SIDA), la diminution du
plaisir, la confiance faite au partenaire, le refus du partenaire,
l’effet de psychotropes (alcool, drogues, etc.), le coût des
préservatifs propres aux gays, etc. Environ la moitié des gays
enquêtés (51%) disent avoir fait leur test de dépistage du VIH/SIDA
mais le quart (24%) de ceux qui ont fait ce test ne sont pas allés
chercher leur résultat par peur de découvrir leur statut
sérologique.
En vue d’améliorer
leurs connaissances sur les IST/VIH/SIDA et leur santé sexuelle, les
gays suggèrent troix axes d’actions au profit de leur communauté :
des actions d’éducation et d’information, des actions de mise à
disposition de produits et des actions de prise en charge de leurs
problèmes de santé sexuelle.
En matière d’éducation
et d’information
Les gays affirment ne
pas se reconnaître dans les campagnes et publicités qui passent
souvent sur les médias et qui sont surtout destinées aux
hétérosexuels. Aussi, proposent-ils d’avoir des informations fiables
sur :
* Les
comportements à risques (multi partenariat, non protection, etc.) ;
* L’utilisation
des préservatifs ;
* Le
dépistage volontaire ;
* Les
produits (gel, condoms, pommades, etc.) et leur utilisation ;
* Les
IST/VIH/SIDA (Modes de contamination des IST, risques d’infection au
VIH/SIDA, moyens de protection, de traitement, etc.) ;
* Les
risques encourus à travers les différentes formes de sexualité.
En matière de mise à
disposition des produits
La plupart des gays
ont évoqué d’énormes difficultés à accéder aux produits dont ils ont
besoin tels que les préservatifs, les lubrifiants et les gels
adaptés à leur pratique sexuelle. Leur non accès à ces produits est
cause de douleurs lors des rapports sexuels et accroît leurs risques
de vulnérabilité aux IST/VIH/SIDA. Face à ces difficultés, les gays
proposent la mise à disposition de ces produits à des prix
abordables.
En matière de prise en
charge des problèmes de santé sexuelle
Les gays disent être
confrontés à des problèmes de santé sans pouvoir accéder aux soins
appropriés par peur d’être découverts ou par crainte de
stigmatisation de la part du personnel de santé. Aussi,
proposent-ils les actions suivantes :
* La
création d’ONG ou d’associations de prise en charge des gays
atteints du VIH/SIDA ;
* La
création des services pour gays dans les formations sanitaires
existantes ;
* La
formation et la sensibilisation du personnel de santé aux services
spécifiques à fournir aux gays ;
* La
promotion de programmes de santé sexuelle spécifiques.
Pour la mise en œuvre
de ces actions, les gays suggèrent les stratégies suivantes :
A court terme,
utiliser les réseaux gays pour :
* Identifier
les gays à former comme pairs éducateurs ;
* Informer
les gays à l’occasion des différentes manifestations qu’ils
organisent ;
* Sensibiliser
les gays par l’intermédiaire des pairs éducateurs gays ;
* Créer
un circuit de distribution de produits (les lubrifiants, les gels,
les préservatifs, etc.) par les pairs éducateurs gays ou par les
centres d’accueil gays ;
* Créer
un centre d’écoute psychologique pour les déprimés (gays).
A court terme,
utiliser les endroits fréquentés par les gays (boîtes de nuit,
discothèques, etc.) pour l’affichage des panneaux d’information et
de sensibilisation (de type CCC).
A moyen ou long
termes, utiliser les canaux ou structures existants pour :
* Sensibiliser
les gays au même titre que les hétérosexuels (émissions radio et
télé, panneaux d’information et d’éducation) ;
* Créer
un centre de documentation et de fourniture de revues spécialisées ;
* Mettre
à disposition des produits pour gays dans les formations sanitaires,
pharmacies ordinaires, fournisseurs agréés, etc.
Autres suggestions
En marge des
suggestions portant spécifiquement sur leur santé sexuelle, les gays
ont proposé d’autres actions dont les principales sont :
*
La
reconnaissance officielle de l’homosexualité au Togo ;
* L’initiation
de débats sur le droit à la sexualité et la sensibilisation du grand
public à travers les médias.
Au total, l’étude a
permis de connaître les problèmes de santé des gays et leurs
suggestions de solutions. Cependant, ces problèmes et suggestions
restent circonscris aux homosexuels hommes. Ces réalités sont-elles
les mêmes dans la communauté homosexuelle femme ? En d’autres
termes, les membres de cette communauté sont-ils soumis à la même
vulnérabilité aux IST/VIH/SIDA que les gays ? C’est autant de
questions qui devraient interpeller les intervenants dans la lutte
contre le VIH/SIDA et qui méritent qu’on entreprenne une étude
d’envergure nationale sur l’homosexualité (gays et lesbiennes) aussi
bien dans les milieux urbains que ruraux.
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