UNIVERSITE DE LOME

UNITE DE RECHERCHE DEMOGRAPHIQUE (URD)

B.P. 12971 - Tél. (228) 221-17-21  - Fax (228) 222-08-89

Lomé - Togo

 RAPPORT DE RECHERCHE

 

Santé sexuelle des gays et VIH/SIDA au Togo

Résumé

 

L’étude sur les homosexuels au Togo menée par l’URD, avec l’appui technique et financier de PSI-Togo (Population Services International), a pour but de mettre à la disposition du Gouvernement togolais et des Responsables de Programmes de Santé de la Reproduction (SR), des informations fiables pour la lutte contre le VIH/SIDA au sein de la communauté des homosexuels hommes (gays). De façon plus spécifique, cette étude vise à :

 

* Documenter les contours de l’homosexualité notamment à travers ses fondements (historiques, socio-culturels, etc.) et sa pratique actuelle ;

 

* Evaluer le niveau de connaissance des gays en matière d’IST et de VIH/SIDA ;

 

* Cerner les comportements sexuels des gays ;

 

* Identifier les besoins des gays en santé sexuelle, en informations, en prise en charge et en conseils ;

 

* Recueillir les suggestions des gays sur les meilleures stratégies d’intervention dans leur communauté.

 

Pour ce faire, une démarche essentiellement qualitative basée sur l’approche « ethnographie par les pairs »[1] a été utilisée pour la collecte des données. Dans le cadre de cette approche, des entretiens approfondis et des Focus Groups ont été menés auprès de 122 gays et une vingtaine de personnes âgées. L’étude a été principalement réalisée à Lomé et ses environs, mais aussi dans trois villes de l’intérieur du Togo (Aného, Kpalimé et Kara). Les données ont été enregistrées sur cassettes et retranscrites. L’analyse de contenu a été faite à l’aide du logiciel ETHNOGRAPH. L’ensemble de l’étude a duré quatre mois (du 01 avril au 31 juillet 2006).

 

D’une façon générale, les sociétés togolaises désapprouvent d’autant plus fortement l’homosexualité que le mariage hétérosexuel reste sacré pour la procréation. De ce fait, les gays ont été unanimes à déclarer que la société les rejette. Or, pour ceux-ci, l’homosexualité est innée et tout individu ayant ce penchant finira un jour ou l’autre par se découvrir gay.

 

Du fait donc de l’ostracisme dont ils font l’objet, les gays s’organisent en réseaux dont certains sont structurés et fonctionnent comme de véritables associations ayant à leur tête un bureau comprenant un président, un secrétaire et un trésorier alors que d’autres optent pour une gestion collégiale des affaires. Dans un cas comme dans l’autre, les médias et l’Internet jouent un rôle important dans la circulation d’informations entre les gays.

 

L’âge moyen aux premiers  rapports homosexuels est de 17,6 ans. Le partenaire au premier rapport homosexuel est dans la majorité des cas un ami ou un membre du cercle familial (oncle, cousin, frère, etc.). Ces premières expériences, généralement consentantes, sont dictées par l’attirance sentimentale ou physique et ont lieu sur initiative du partenaire.

 

Les gays se répartissent en quatre catégories : les ‘passifs’, les ‘actifs’, les ‘versatiles’ et les bisexuels. Les passifs sont des gays qui affichent des maniérismes féminins (démarches ondulantes, tresses, tenues moulantes, dépigmentation de la peau, geste des mains, etc.). Les actifs sont ceux qui jouent le rôle de partenaires masculins des passifs. Les versatiles sont des gays qui par moment peuvent être passifs ou actifs alors que les bisexuels ont des rapports sexuels avec des hommes et des femmes.

 

La connaissance des gays en matière d’IST a été évaluée à partir de l’approche syndromique. Il ressort des résultats qu’un gay sur quatre ne connaît aucun symptôme d’IST ou confond ces symptômes avec ceux d’autres maladies. Pour les autres, la connaissance des IST n’est pas parfaite. En cas d’infection aux IST, les gays hésitent à rechercher les soins auprès d’un personnel de santé par peur ou par honte de se faire découvrir. Aussi, la plupart se soignent par automédication ou renoncent carrément à se faire traiter.

 

Presque tous les 122 gays interrogés savent que le VIH/SIDA peut être contracté par voie sexuelle et par l’utilisation d’objets tranchants. Environ 9 gays sur 10 ont cité le condom comme moyen de prévention contre le VIH/SIDA, même si la majorité d’entre eux (79%) ne l’utilisent pas systématiquement lors des rapports sexuels. Les raisons évoquées pour la non utilisation systématique du préservatif sont l’ignorance (les gays pensent que c’est seulement par les rapports hétérosexuels qu’on court le risque d’attraper le VIH/SIDA), la diminution du plaisir, la confiance faite au partenaire, le refus du partenaire, l’effet de psychotropes (alcool, drogues, etc.), le coût des préservatifs propres aux gays, etc. Environ la moitié des gays enquêtés (51%) disent avoir fait leur test de  dépistage du VIH/SIDA mais le quart (24%) de ceux qui ont fait ce test ne sont pas allés chercher leur résultat par peur de découvrir leur statut sérologique.

 

En vue d’améliorer leurs connaissances sur les IST/VIH/SIDA et leur santé sexuelle, les gays suggèrent troix axes d’actions au profit de leur communauté : des actions d’éducation et d’information, des actions de mise à disposition de produits et des actions de prise en charge de leurs problèmes de santé sexuelle.

 

En matière d’éducation et d’information

 

Les gays affirment ne pas se reconnaître dans les campagnes et publicités qui passent souvent sur les médias et qui sont surtout destinées aux hétérosexuels. Aussi, proposent-ils d’avoir des informations fiables sur :

 

* Les comportements à risques (multi partenariat, non protection, etc.) ;

 

* L’utilisation des préservatifs ;

 

* Le dépistage volontaire ;

 

* Les produits (gel, condoms, pommades, etc.) et leur utilisation ;

 

* Les IST/VIH/SIDA (Modes de contamination des IST, risques d’infection au VIH/SIDA, moyens de protection, de traitement, etc.) ;

 

* Les risques encourus à travers les différentes formes de sexualité.

 

En matière de mise à disposition des produits

 

La plupart des gays ont évoqué d’énormes difficultés à accéder aux produits dont ils ont besoin tels que les préservatifs, les lubrifiants et les gels adaptés à leur pratique sexuelle. Leur non accès à ces produits est cause de douleurs lors des rapports sexuels et accroît leurs risques de vulnérabilité aux IST/VIH/SIDA. Face à ces difficultés, les gays proposent la mise à disposition de ces produits à des prix abordables.

 

En matière de prise en charge des problèmes de santé sexuelle

 

Les gays disent être confrontés à des problèmes de santé sans pouvoir accéder aux soins appropriés par peur d’être découverts ou par crainte de stigmatisation de la part du personnel de santé. Aussi, proposent-ils les actions suivantes :

 

* La création d’ONG ou d’associations de prise en charge des gays atteints du VIH/SIDA ;

 

* La création des services pour gays dans les formations sanitaires existantes ;

 

* La formation et la sensibilisation du personnel de santé aux services spécifiques à fournir aux gays ;

 

* La promotion de programmes de santé sexuelle spécifiques.

 

Pour la mise en œuvre de ces actions, les gays suggèrent les stratégies suivantes :

 

A court terme, utiliser les réseaux gays pour :

 

Identifier les gays à former comme pairs éducateurs ; 

 

Informer les gays à l’occasion des différentes manifestations qu’ils organisent ;

 

Sensibiliser les gays par l’intermédiaire des pairs éducateurs gays ;

 

* Créer un circuit de distribution de produits (les lubrifiants, les gels, les préservatifs, etc.) par les pairs  éducateurs gays ou par les centres d’accueil gays ;

 

* Créer un centre d’écoute psychologique pour les déprimés (gays).

 

A court terme, utiliser les endroits fréquentés par les gays (boîtes de nuit, discothèques, etc.) pour l’affichage des panneaux d’information et de sensibilisation (de type CCC).

 

A moyen ou long termes, utiliser les canaux ou structures existants pour :

 

* Sensibiliser les gays au même titre que les hétérosexuels (émissions radio et télé, panneaux d’information et d’éducation) ;

 

* Créer un centre de documentation et de fourniture de revues spécialisées ;

 

* Mettre à disposition des produits pour gays dans les formations sanitaires, pharmacies ordinaires, fournisseurs agréés, etc.

 

Autres suggestions

 

En marge des suggestions portant spécifiquement sur leur santé sexuelle, les gays ont proposé d’autres actions dont les principales sont :

 

* La reconnaissance officielle de l’homosexualité au Togo ;

 

* L’initiation de débats sur le droit à la sexualité et la sensibilisation du grand public à travers les médias.

 

Au total, l’étude a permis de connaître les problèmes de santé des gays et leurs suggestions de solutions. Cependant, ces problèmes et suggestions restent circonscris aux homosexuels hommes. Ces réalités sont-elles les mêmes dans la communauté homosexuelle femme ? En d’autres termes, les membres de cette communauté sont-ils soumis à la même vulnérabilité aux IST/VIH/SIDA que les gays ? C’est autant de questions qui devraient interpeller les intervenants dans la lutte contre le VIH/SIDA et qui méritent qu’on entreprenne une étude d’envergure nationale sur l’homosexualité (gays et lesbiennes) aussi bien dans les milieux urbains que ruraux.

 

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