Résumé
L'excision est une pratique encore répandue en Afrique en dépit des
campagnes de sensibilisation et des lois qui visent, dans certains
pays, à l'abolir. Au Togo, faute de monographies sur le sujet, il
était impossible jusqu'alors de quantifier l'ampleur de la pratique,
d'appréhender ses déterminants et facteurs d'affaiblissement et d'en
dégager l'évolution.
La
présente "Etude de la prévalence et des facteurs socio-économiques
de l'excision au Togo" (excitog)
vise globalement à fournir aux institutions gouvernementales et
non-gouvernementales des informations actualisées et fiables sur
l'intensité de l'excision au Togo, ses ressorts socio-culturels, les
communautés qui la pratiquent, le niveau de conscience de la
population quant à ses effets néfastes.
La
méthodologie de l'étude a été articulée autour de deux volets
complémentaires. Un volet statistique, dont l'objectif a été de cerner
la prévalence du phénomène à l'échelle nationale, puis un volet
qualitatif qui a permis d'en étudier les fondements socioculturels, le
contexte opératoire et les perceptions sociales. Au plan statistique,
un échantillon de 4507 femmes, représentatif de la population féminine
de 15 ans et plus a servi de référence à l'étude. Quant au plan
qualitatif, huit focus-groups et des entretiens individuels non
directifs ont été organisés pour recueillir les informations d'ordre
culturel, les connaissances sociales selon le profil de groupes et les
perceptions individuelles.
L'étude excitog révèle
qu'une femme sur huit est actuellement excisée, ce qui représente une
prévalence de 12 % environ. C'est dire, en terme numérique, que le
pays compte environ 110.000 femmes de 15 ans et plus ayant subi
l'excision. C'est la Région Centrale qui présente le plus fort
pourcentage de femmes excisées (33,4 %). Suivent dans l'ordre
d'importance décroissante, la Région des Savanes (23,1 %), la Région
de la Kara (14,1 %), la Région des Plateaux (10,6 %) et la Région
Maritime (1,4 %). Le milieu rural présente globalement une prévalence
supérieure à celle du milieu urbain, soit respectivement 13,8 % et 9,3
%. Sur le plan socioculturel, c'est principalement dans les milieux
ethniques Cotocoli, Tchamba, Peul, Mossi, Yanga - et dans une
moindre mesure - Moba, Gourma, Ana-Ifé et Kabyè que l'excision
est pratiquée. Son intensité est cependant inversement proportionnelle
au niveau d'instruction atteint par les femmes. Du point de vue de la
religion, le sous-ensemble des femmes musulmanes fait état du niveau
de prévalence le plus élevé (63,9 %).
En
dépit de la persistance de la pratique dans les milieux mentionnés,
une tendance à son affaiblissement s'observe déjà dans ces milieux
sous le triple effet de la scolarisation féminine, de la crainte des
préjudices d'ordre sanitaire et de l'urbanisation.
Sur
dix femmes excisées, six se sont prononcées en faveur de l'abolition
de la pratique au Togo. Quant aux exciseuses, si plusieurs déclarent
ne pas être économiquement dépendantes de l'exercice de la pratique,
toutes sont cependant unanimes à reconnaître qu'il serait difficile
d'envisager son abolition dans les milieux où elle fait partie
intégrante de la culture.
Sur
la base de ces principaux résultats quelques recommandations ont été
formulées par les auteurs :
- des campagnes de sensibilisation sur les effets à court, moyen et
long terme de l'excision
doivent être envisagées à l'endroit des exciseuses, des chefs
traditionnels ou religieux et des femmes illettrées ;
- en ce qui concerne plus spécifiquement les femmes illettrées, qui
constituent par ailleurs le noyau le plus réfractaire à l'abandon de
la pratique, cette sensibilisation gagnerait à être intégrée dans des
programmes de santé. Le corps médical doit alors être mis à
contribution
- il convient enfin de renforcer les
moyens d'action des organismes de lutte contre l'excision.
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