UNIVERSITE DE LOME

UNITE DE RECHERCHE DEMOGRAPHIQUE (URD)

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Lomé - Togo

COLLECTION "ETUDES TOGOLAISES DE POPULATION"

N°18

 

PRÉVALENCE ET FACTEURS SOCIO-ECONOMIQUES DE L'EXCISION AU TOGO

Kokou VIGNIKIN*, Akoua AGOUNKE** et  Marja JANSSENS***

                *  Economiste-démographe à l'URD, **    Sociologue à l'URD, ***  Démographe à l'URD

Résumé

 

L'excision est une pratique encore répandue en Afrique en dépit des campagnes de sensibilisation et des lois qui visent, dans certains pays, à l'abolir. Au Togo, faute de monographies sur le sujet, il était impossible jusqu'alors de quantifier l'ampleur de la pratique, d'appréhender ses déterminants et facteurs d'affaiblissement et d'en dégager l'évolution.

 

La présente "Etude de la prévalence et des facteurs socio-économiques de l'excision au Togo" (excitog) vise globalement à fournir aux institutions  gouvernementales et non-gouvernementales des informations actualisées et fiables sur l'intensité de l'excision au Togo, ses ressorts socio-culturels, les communautés qui la pratiquent, le niveau de conscience de la population quant à ses effets néfastes. 

 

La méthodologie de l'étude a été articulée autour de deux volets complémentaires. Un volet statistique, dont l'objectif a été de cerner la prévalence du phénomène à l'échelle nationale, puis un volet qualitatif qui a permis d'en étudier les fondements socioculturels, le contexte opératoire et les perceptions sociales. Au plan statistique, un échantillon de 4507 femmes, représentatif de la population féminine de 15 ans et plus a servi de référence à l'étude. Quant au plan qualitatif, huit focus-groups et des entretiens individuels non directifs ont été organisés pour recueillir les informations d'ordre culturel, les connaissances sociales selon le profil de groupes et les perceptions individuelles.

 

L'étude excitog  révèle qu'une femme sur huit est actuellement excisée, ce qui représente une prévalence de 12 % environ. C'est dire, en terme numérique, que le pays compte environ 110.000 femmes de 15 ans et plus ayant subi l'excision. C'est la Région Centrale qui présente le plus fort pourcentage de femmes excisées (33,4 %). Suivent dans l'ordre d'importance décroissante, la Région des Savanes (23,1 %), la Région de la Kara (14,1 %), la Région des Plateaux (10,6 %) et la Région Maritime (1,4 %). Le milieu rural présente globalement une prévalence supérieure à celle du milieu urbain, soit respectivement 13,8 % et 9,3 %. Sur le plan socioculturel, c'est principalement dans les milieux ethniques Cotocoli, Tchamba, Peul, Mossi, Yanga - et  dans une moindre mesure -  Moba, Gourma, Ana-Ifé et Kabyè que l'excision est pratiquée. Son intensité est cependant inversement proportionnelle au niveau d'instruction atteint par les femmes. Du point de vue de la religion, le sous-ensemble des femmes musulmanes fait état du niveau de prévalence le plus élevé (63,9 %). 

 

En dépit de la persistance de la pratique dans les milieux mentionnés, une tendance à son affaiblissement s'observe déjà dans ces milieux sous le triple effet de la scolarisation féminine, de la crainte des préjudices d'ordre sanitaire et de l'urbanisation. 

Sur dix femmes excisées, six se sont prononcées en faveur de l'abolition de la pratique au Togo. Quant aux exciseuses, si plusieurs déclarent ne pas être économiquement dépendantes de l'exercice de la pratique, toutes sont cependant unanimes à reconnaître qu'il serait difficile d'envisager son abolition dans les milieux où elle fait partie intégrante de la culture.

Sur la base de ces principaux résultats quelques recommandations ont été formulées  par les auteurs :

 

- des campagnes de sensibilisation sur les effets à court, moyen et long terme de l'excision doivent être envisagées à l'endroit des exciseuses, des chefs traditionnels ou religieux et des femmes illettrées ;

 

- en ce qui concerne plus spécifiquement les femmes illettrées, qui constituent par ailleurs le noyau le plus réfractaire à l'abandon de la pratique, cette sensibilisation gagnerait à être intégrée dans des programmes de santé. Le corps médical doit alors être mis à contribution 

 

- il convient enfin de renforcer les moyens d'action des organismes de lutte contre l'excision.

 

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