Discussions entre conjoints et pratique contraceptive au Togo avec
le couple comme l’unité d’analyse, la présente étude a permis de
déterminer le profil des couples selon leur niveau de discussion, de
cerner les tenants et les aboutissants de la faible pratique
contraceptive et d’identifier les facteurs explicatifs des besoins
non satisfaits des couples au Togo. Elle est basée sur l’hypothèse
centrale suivante : la
communication au sein du couple influe sur les différentes
négociations entre conjoints dans tous les domaines de la vie et
particulièrement dans celui de la santé reproductive.
Pour
tester l’hypothèse centrale formulée et atteindre ainsi les
objectifs fixés, nous avons eu recours aux données de l’Enquête
Famille, Migrations et Urbanisation au Togo (EFAMTO) réalisée en
2000 par l’Unité de Recherche Démographique (URD) et la Direction
Générale de la Statistique et de la Comptabilité Nationale (DGSCN).
Lors de cette enquête nationale par sondage réalisée sur un
échantillon aléatoire représentatif, 2773 ménages ont été enquêtés.
En dehors des enfants et des autres membres du ménage, 2276 hommes
de 15 ans et plus et 2759 femmes également âgées de 15 ans et
plus ont été interviewés. A partir des informations collectées
individuellement auprès des hommes et des femmes, 1778 couples ont
été reconstitués. C’est ce fichier de couples qui a été exploité
dans la présente analyse. Dans la présente étude, sont identifiées
comme ayant un besoin non satisfait en planification familiale les
femmes fécondes en union au moment de l’enquête qui n’utilisent
aucune méthode contraceptive moderne et qui ont déclaré qu’elles ne
veulent plus d’enfants (besoins de limitation) ou en veulent mais
plus tard (besoins d’espacement).
Au
chapitre des résultats, il ressort que la majorité des conjoints
discutent entre eux. Sur 100 couples, on dénombre 53 dans lesquels
les conjoints déclarent entretenir des discussions relatives à leur
vie reproductive. Les conjoints qui discutent entre eux sont
principalement jeunes, instruits et résidant à Lomé. Les couples qui
discutent entre eux ont un écart d’âges entre conjoints de 0-4 ans
et les deux conjoints travaillent. Les conjoints qui ne discutent
pas de la reproduction diffèrent de ceux qui ont cette aptitude sur
beaucoup de plans. En effet, il s’agit généralement de couples
adultes, non instruits, de milieu rural, vivant en union polygyne
formalisée de manière civile ou religieuse dont les deux conjoints
sont de même religion avec un écart d’âge important d’au moins 15
ans et dont la femme seule travaille.
Selon les résultats des analyses multivariées, les conjoints
relativement âgés sont moins enclins à communiquer entre eux au
sujet de la procréation. La pratique de la religion islamique du
mari réduit également les chances des conjoints à discuter entre eux
de leur vie reproductive. La génération de conjoints entretient une
association forte et soutenue avec le statut de discussion des
conjoints. Les couples d’adultes sont nettement défavorisés quand il
s’agit des chances que les conjoints ont à pouvoir discuter entre
eux de leur vie reproductive. En ce qui concerne le niveau
d’instruction du couple, il ressort que par rapport à la
communication entre conjoints, les maris instruits se comportent
différemment selon qu’ils aient une seule ou plusieurs épouses. Si
dans les modèles estimés dans une situation de monogamie,
l’instruction entretient une association très intense et très
amplifiée avec le phénomène de discussion entre conjoints, tel n’est
pas le cas dans les unions polygynes.
L’utilisation des méthodes contraceptives modernes est plus
importante dans les unions monogames que dans les unions polygynes.
Les ménages dont seul l’homme utilise une méthode contraceptive ne
représentent que 7 % dans le cas d’unions monogames et 5 % quand le
mari a d’autres épouses. Dans la catégorie des unions monogames, les
couples qui utilisent une méthode contraceptive moderne représentent
15%. Cette proportion n’est que 10 % dans les couples polygynes.
Le
profil des couples diffère sensiblement selon qu’ils utilisent ou
pas de méthodes contraceptives. En union monogame, les couples qui
n'utilisent pas de méthodes contraceptives sont adultes,
généralement non instruit et résident en milieu rural. Il s’agit
également des couples dans lesquels les deux conjoints sont de la
même confession religieuse et qui ne discutent pas entre eux. Dans
le cas où c'est l'homme seul qui utilise la contraception, ce
dernier appartient à des générations de couples jeunes avec un
niveau d'instruction moyen, vivant surtout à Lomé, discute avec sa
conjointe et de confession différente de celle de sa conjointe. Les
couples qui utilisent ensemble la contraception sont généralement de
niveau d'instruction élevé, vivent à Lomé, discutent entre eux et de
religion différente. Le profil n'est pas le même lorsque les deux
conjoints vivent en union polygyne.
Les
résultats de l’enquête sur la famille, les migrations et
l’urbanisation au Togo ont révélé que si 13 % seulement des couples
utilisent une méthode contraceptive, la quasi totalité des togolais
n’en connaît pas moins une de ces méthodes. C’est donc dire que la
connaissance des méthodes contraceptives ne constitue pas une
condition suffisante pour leur utilisation.
De
l’examen des résultats, il ressort un état du niveau global des
besoins non satisfaits en planification familiale, lequel est estimé
à 54 %. C’est dire qu’au Togo, 1 couple sexuellement actif sur 2 qui
ne désirerait pas avoir une grossesse ne pratique pas actuellement
la contraception. Comme on pouvait s’y attendre, les besoins non
satisfaits de limitation sont très faibles dans le groupe des
couples jeunes. Mais au fur et à mesure que l’âge du couple
augmente, ces besoins s’agrandissent. Pour ce qui est du lien entre
l’ampleur des BNS et la parité atteinte par le couple, l’on constate
que les besoins non satisfaits d’espacement des naissances
atteignent un niveau élevé dès l’arrivée du premier enfant. Après le
troisième enfant, les besoins non satisfaits d’espacement
s’estompent progressivement au profit des besoins non satisfaits de
limitation.
Le
milieu de résidence, le niveau d’instruction, la communication au
sein du couple, la forme de l’union, etc. sont autant de
caractéristiques qui se révèlent associées à l’intensité des besoins
non satisfaits. Grosso modo, les besoins non satisfaits en
planification familiale sont relativement élevés dans les groupes de
couples instruits. Ils sont par contre faibles dans le groupe des
couples qui ne dialoguent pas au sujet de leur projet de fécondité.
En ce qui concerne le milieu de résidence, l’on n’est guère surpris
de constater que l’ampleur des besoins non satisfaits en milieu
rural se rapproche bien de celle des besoins non satisfaits en
milieu semi-urbain. La surprise vient plutôt du constat que le
niveau des BNS à Lomé ne se distingue pas significativement de celui
du milieu rural.
Les
caractéristiques individuelles des couples et en particulier la
génération influent significativement sur les risques qu’ils courent
d’avoir des besoins non satisfaits en planification familiale et ce,
quelle que soit la nature de ces besoins. Les différences en termes
de génération, d’écart d’âge entre conjoints et de niveau
d’instruction entre les couples se traduisent par des probabilités
inégales de transition de l’état de non utilisation de contraception
à l’état de besoin d’en utiliser. Les résultats montrent notamment
que la génération du couple joue significativement sur les chances
de transition. Pour les BNS en espacement, les couples les plus âgés
courent nettement moins de risque de faire la transition que les
couples jeunes. Le schéma inverse s’observe pour les BNS en
limitation. En effet, plus le couple avance en âge, plus sa
probabilité de transition augmente de façon drastique. Ainsi, les
couples adultes courent-ils six fois plus de risques d’avoir des BNS
de limitation des naissances que les couples jeunes.
C’est à partir d’un écart d’âge de dix ans entre les conjoints que
l’effet de cette variable sur la probabilité d’avoir un besoin non
satisfait devient significatif. Un écart d’âge important tendrait à
augmenter cette probabilité pour les BNS en espacement et à la
diminuer pour les BNS en limitation des naissances. Seuls les
couples de niveaux d’instruction élevés contrastent
significativement avec ceux n’ayant aucune instruction.
L’instruction tendrait à réduire les probabilités de transition pour
les BNS en espacement et à les augmenter pour les BNS en limitation.
La parité atteinte constitue l’autre variable robuste de la
modélisation. Par rapport aux couples ayant 1 à 3 enfants, les
couples ayant 4 à 6 enfants ont 30% moins de chances de se retrouver
dans un état de BNS en espacement et trois fois plus de chances
d’avoir un BNS en limitation. Ce résultat corrobore ainsi le constat
établi plus haut lors de l’analyse descriptive et qui faisait état
d’un effet puissant de l’âge, du niveau d’instruction et de la
parité atteinte sur les chances de transition.
Violences faites aux femmes dans les familles Togolaises :
caractéristiques et déterminants. Largement répandue dans le monde,
la violence à l’égard des femmes se manifeste sous diverses formes.
Selon un rapport des Nations Unies, une femme sur trois dans le
monde a été battue, contrainte à avoir des rapports sexuels ou
maltraitée le plus souvent par quelqu'un de sa connaissance, y
compris son mari ou un autre membre masculin de la famille. Les
quelques statistiques disponibles dans certains pays montrent que ce
phénomène constitue un problème de première importance. En Afrique,
les informations nécessaires sur l’ampleur réelle du phénomène et
ses manifestations sont encore occultées. Les quelques rares données
disponibles à la police ou au niveau des organismes sociaux, en
dépit de leur nature embryonnaire sont assez éloquentes sur la
gravité du phénomène.
Les
principales causes et conséquences des violences faites aux femmes
évoquées dans la littérature et divers travaux de recherche ont
suscité quelques hypothèses et interrogations justifiant l'intérêt
d'autres études pour mieux documenter le phénomène. La présente
analyse a permis de mesurer l'ampleur du phénomène au niveau
national et régional, de dégager le profil type de la femme victime
et les facteurs qui influencent les risques de le devenir.
Les
données qui sont analysées proviennent essentiellement de l’étude
sur la Famille, les Migrations et l'Urbanisation au Togo (EFAMTO).
Cette opération d'envergure nationale a porté sur un échantillon
aléatoire représentatif de 2773 ménages. Des questions sur les
violences faites aux femmes ont été posées dans une des sections des
questionnaires de l’enquête quantitative. Deux démarches analytiques
sont utilisées : l’analyse descriptive (analyse des proportions) et
l'analyse explicative (analyse de régression logistique et une
analyse sociologique des causes).
Les
violences physiques, la privation économique et les violences
sexuelles constituent les
principaux types de violence qui affectent les femmes au Togo. Une
femme sur six a été victime au moins une fois dans sa vie de
violences sexuelles ; environ deux femmes sur cinq ont subi la
privation économique au moins une fois dans leur vie et trois
femmes sur quatre ont été victimes de violences physiques au moins
une fois dans leur vie.
En
milieu rural on dénombre 81% de femmes victimes de violences
physiques, 44% de femmes ont subi la privation économique et 17% ont
été victimes de violences sexuelles. En milieu urbain, ces
proportions sont respectivement de 61%, 36% et 17%.
En
ce qui concerne l’intensité du phénomène selon la région, on note
des disparités assez frappantes. Ainsi, la proportion de victimes de
violences physiques augmente à mesure que l’on évolue du Sud au
Nord. Les violences physiques prennent de l’ampleur avec le temps.
31% des femmes ont subi des violences physiques au cours des cinq
dernières années et on a enregistré 18% des femmes qui ont subi ces
violences au cours des douze derniers mois seulement. Ce qui
représente plus de la moitié des cas enregistrés au cours des cinq
années. Lorsqu’on s’intéresse à l’évolution des violences physiques
selon le milieu de résidence, on constate que le phénomène s’aggrave
avec le temps, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural.
Pour
chaque type de violence, on a dégagé le profil type des victimes.
Ainsi la femme victime de violences physiques est une femme
non instruite, vivant en milieu rural et qui exerce une activité
économique vivant dans un ménage de grande taille et ayant au moins
3 enfants. La victime de la privation économique est une femme non
instruite, du milieu rural, ayant au moins 30 ans, vivant en union
et ayant au moins 4 enfants. La victime de violences sexuelles est
la femme instruite âgée de 20 à 39 ans du milieu urbain vivant en
union avec 1 à 2 enfants et exerçant une activité économique.
Les
résultats de l'analyse multivariée à l’aide des modèles de
régression logistique révèlent que l’âge et la parité atteinte sont
les facteurs les plus déterminants. Dans une moindre mesure, le
niveau d’instruction et l’état matrimonial se sont aussi révélés
influents.
En
ce qui concerne les causes des violences faites aux femmes ,
l'analyse sociologique inspirée du modèle de Heise relève une série
de facteurs qui se conjuguent pour développer le comportement
violent d'un homme à l'égard d'une femme. Quelques facteurs de
niveau individuel, familial et sociétal sont ressortis du discours
des participants aux discussions de groupe.
Au
niveau individuel, l'éducation familiale reçue et le comportement de
chacun des conjoints sont des facteurs qui apparaissent comme des
éléments déclencheurs de violence. Pour la majorité des hommes, le
comportement de la femme joue un grand rôle dans des conflits pour
la simple raison que, c'est la femme qui doit faire preuve de
soumission et d'humilité pour la cohésion et l'harmonie du foyer.
Les femmes quant à elles reprochent aux hommes l'abus d'autorité
dans l'exercice de leur rôle de chef de famille.
Au
niveau familial, les origines socio économiques des violences sont
plus fréquentes. Il est apparu que les femmes exerçant une activité
économique sont plus nombreuses à être victimes des violences faites
aux femmes. Le comportement de la femme riche et qui a ses biens
porterait atteinte aux prérogatives de l'homme. Dès que la femme
contribue au revenu familial, la plupart des hommes se sentent
menacés et développent des stratégies de conservation de leurs
privilèges notamment par la violence.
Au
niveau sociétal, les pesanteurs socioculturelles occupent une place
considérable parmi les causes des violences faites aux femmes. Il
s'agit notamment de la perception que les togolais ont de la femme,
des rites de veuvage humiliant et dégradant, des pratiques
traditionnelles néfastes dont l'excision. La valeur de la femme
n'est reconnue que par ses rôles traditionnels et multiples de mère,
épouse soumise, ménagère, gardiennes de maisons, éducatrices des
enfants. La transgression de ces normes déclenche chez l'homme des
comportements violents.
De
même que pour les causes, les effets des violences faites aux femmes
se répercutent au niveau des victimes, de leur famille et de la
société. Au niveau des victimes, les sévices provoquent des lésions
corporelles et des conséquences psychologiques pouvant porter
atteinte à la personnalité de l'individu. A l'heure de la pandémie
du sida, les violences sexuelles peuvent entraîner la contamination
des IST/VIH/SIDA et les grossesses non désirées.
Au
niveau familial, les résultats ont le plus souligné les
répercussions que cette violence peut avoir sur l'éducation des
enfants et la situation de précarité dans laquelle ils se retrouvent
après le divorce de leurs parents.
Pour
la société, les violences faites aux femmes ont des effets sur la
participation des femmes dans le développement national. En outre
les enfants de rue et les cas sociaux occasionnés par les violences
faites aux femmes deviennent de véritables fardeaux pour la société
togolaise.
Le
phénomène des violences faites aux femmes ne cesse de prendre de
l'ampleur car les mécanismes de gestion des conflits nés des
violences faites aux femmes se heurtent à certains obstacles dont
l'ignorance des droits et le mutisme cultivé autour du phénomène. Le
recours à la famille constitue la voie la plus utilisée. Le recours
aux institutions n'est généralement pas souhaité à telle enseigne
que lorsque certaines victimes ont le courage d’aller au
commissariat ou à la gendarmerie certains policiers renvoient
certaines plaintes en famille.
Ce
tour d'horizon de la situation des violences faites aux femmes dans
les familles togolaises qui a permis de montrer l'ampleur, les
déterminants, les causes, les conséquences et les mécanismes de
gestion éveille le désir de s'interroger sur les perspectives pour
une lutte engagée en vue de l'éradication de ce mal qui ne cesse de
se développer. Des actions sont à entreprendre au niveau des
individus, des familles, des acteurs de luttes contre les violences
faites aux femmes. L'Etat et les partenaires au développement
doivent se mobiliser pour cette lutte par la mise en œuvre des
recommandations dégagées au terme de cette étude. Les principales de
ces recommandations sont notamment la mise en application effective
des conventions internationales portant sur la lutte contre la
violence faite aux femmes signées par le Togo, le développement des
programmes de Communication pour un Changement de Comportement (CCC)
spécifiques à travers des canaux de communication appropriés aux
différentes couches sociales concernées et la réalisation d'une
étude d'envergure nationale sur le phénomène.
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