UNIVERSITE DE LOME

UNITE DE RECHERCHE DEMOGRAPHIQUE (URD)

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Lomé - Togo

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COLLECTION "LES DOSSIERS DE L'URD"

N°6

 

FAMILLE ET RELATIONS ENTRE CONJOINTS AU TOGO

Sous la direction de Kokou VIGNIKIN et Dodji GBETOGLO

Economistes-démographes, Chercheurs à l'URD

Résumé exécutif

 

Discussions entre conjoints et pratique contraceptive au Togo avec le couple comme l’unité d’analyse, la présente étude a permis de déterminer le profil des couples selon leur niveau de discussion, de cerner les tenants et les aboutissants de la faible pratique contraceptive et d’identifier les facteurs explicatifs des besoins non satisfaits des couples au Togo. Elle est basée sur l’hypothèse centrale suivante : la communication au sein du couple influe sur les différentes négociations entre conjoints dans tous les domaines de la vie et particulièrement dans celui de la santé reproductive.

 

Pour tester l’hypothèse centrale formulée et atteindre ainsi les objectifs fixés, nous avons eu recours aux données de l’Enquête Famille, Migrations et Urbanisation au Togo (EFAMTO) réalisée en 2000 par l’Unité de Recherche Démographique (URD) et la Direction Générale de la Statistique et de la Comptabilité Nationale (DGSCN). Lors de cette enquête nationale par sondage réalisée sur un échantillon aléatoire représentatif, 2773 ménages ont été enquêtés. En dehors des enfants et des autres membres du ménage, 2276 hommes de 15 ans et plus et  2759 femmes également âgées de 15 ans et plus ont été interviewés. A partir des informations collectées individuellement auprès des hommes et des femmes, 1778 couples ont été reconstitués. C’est ce fichier de couples qui a été exploité dans la présente analyse. Dans la présente étude, sont identifiées comme ayant un besoin non satisfait en planification familiale les femmes fécondes en union au moment de l’enquête qui n’utilisent aucune méthode contraceptive moderne et qui ont déclaré qu’elles ne veulent plus d’enfants (besoins de limitation) ou en veulent mais plus tard (besoins d’espacement).

 

Au chapitre des résultats, il ressort que la majorité des conjoints discutent entre eux. Sur 100 couples, on dénombre 53 dans lesquels les conjoints déclarent entretenir des discussions relatives à leur vie reproductive. Les conjoints qui discutent entre eux sont principalement jeunes, instruits et résidant à Lomé. Les couples qui discutent entre eux ont un écart d’âges entre conjoints de 0-4 ans et les deux conjoints travaillent. Les conjoints qui ne discutent pas de la reproduction diffèrent de ceux qui ont cette aptitude sur beaucoup de plans. En effet, il s’agit généralement de couples adultes, non instruits, de milieu rural, vivant en union polygyne formalisée de manière civile ou religieuse dont les deux conjoints sont de même religion avec un écart d’âge important d’au moins 15 ans et dont la femme seule travaille.

Selon les résultats des analyses multivariées, les conjoints relativement âgés sont moins enclins à communiquer entre eux au sujet de la procréation. La pratique de la religion islamique du mari réduit également les chances des conjoints à discuter entre eux de leur vie reproductive. La génération de conjoints entretient une association forte et soutenue avec le statut de discussion des conjoints. Les couples d’adultes sont nettement défavorisés quand il s’agit des chances que les conjoints ont à pouvoir discuter entre eux de leur vie reproductive. En ce qui concerne le niveau d’instruction du couple, il ressort que par rapport à la communication entre conjoints, les maris instruits se comportent différemment selon qu’ils aient une seule ou plusieurs épouses. Si dans les modèles estimés dans une situation de monogamie, l’instruction entretient une association très intense et très amplifiée avec le phénomène de discussion entre conjoints, tel n’est pas le cas dans les unions polygynes.

 

L’utilisation des méthodes contraceptives modernes est plus importante dans les unions monogames que dans les unions polygynes. Les ménages dont seul l’homme utilise une méthode contraceptive ne représentent que 7 % dans le cas d’unions monogames et 5 % quand le mari a d’autres épouses. Dans la catégorie des unions monogames, les couples qui utilisent une méthode contraceptive moderne représentent 15%. Cette proportion n’est que 10 % dans les couples polygynes.

 

Le profil des couples diffère sensiblement selon qu’ils utilisent ou pas de méthodes contraceptives. En union monogame, les couples qui n'utilisent pas de méthodes contraceptives sont adultes, généralement non instruit et résident en milieu rural. Il s’agit également des couples dans lesquels les deux conjoints sont de la même confession religieuse et qui ne discutent pas entre eux. Dans le cas où c'est l'homme seul qui utilise la contraception, ce dernier appartient à des générations de couples jeunes avec un niveau d'instruction moyen, vivant surtout à Lomé, discute avec sa conjointe et de confession différente de celle de sa conjointe. Les couples qui utilisent ensemble la contraception sont généralement de niveau d'instruction élevé, vivent à Lomé, discutent entre eux et de religion différente. Le profil n'est pas le même lorsque les deux conjoints vivent en union polygyne.

 

Les résultats de l’enquête sur la famille, les migrations et l’urbanisation au Togo ont révélé que si 13 % seulement des couples utilisent une méthode contraceptive, la quasi totalité des togolais n’en connaît pas moins une de ces méthodes. C’est donc dire que la connaissance des méthodes contraceptives ne constitue pas une condition suffisante pour leur utilisation.

 

De l’examen des résultats, il ressort un état du niveau global des besoins non satisfaits en planification familiale, lequel est estimé à 54 %. C’est dire qu’au Togo, 1 couple sexuellement actif sur 2 qui ne désirerait pas avoir une grossesse ne pratique pas actuellement la contraception. Comme on pouvait s’y attendre, les besoins non satisfaits de limitation sont très faibles dans le groupe des couples jeunes. Mais au fur et à mesure que l’âge du couple augmente, ces besoins s’agrandissent. Pour ce qui est du lien entre l’ampleur des BNS et la parité atteinte par le couple, l’on constate que les besoins non satisfaits d’espacement des naissances atteignent un niveau élevé dès l’arrivée du premier enfant. Après le troisième enfant, les besoins non satisfaits d’espacement s’estompent progressivement au profit des besoins non satisfaits de limitation.

 

Le milieu de résidence, le niveau d’instruction, la communication au sein du couple, la forme de l’union, etc. sont autant de caractéristiques qui se révèlent associées à l’intensité des besoins non satisfaits. Grosso modo, les besoins non satisfaits en planification familiale sont relativement élevés dans les groupes de couples instruits. Ils sont par contre faibles dans le groupe des couples qui ne dialoguent pas au sujet de leur projet de fécondité. En ce qui concerne le milieu de résidence, l’on n’est guère surpris de constater que l’ampleur des besoins non satisfaits en milieu rural se rapproche bien de celle des besoins non satisfaits en milieu semi-urbain. La surprise vient plutôt du constat que le niveau des BNS à Lomé ne se distingue pas significativement de celui du milieu rural.

 

Les caractéristiques individuelles des couples et en particulier la génération influent significativement sur les risques qu’ils courent d’avoir des besoins non satisfaits en planification familiale et ce, quelle que soit la nature de ces besoins. Les différences en termes de génération, d’écart d’âge entre conjoints et de niveau d’instruction entre les couples se traduisent par des probabilités inégales de transition de l’état de non utilisation de contraception à l’état de besoin d’en utiliser. Les résultats montrent notamment que la génération du couple joue significativement sur les chances de transition. Pour les BNS en espacement, les couples les plus âgés courent nettement moins de risque de faire la transition que les couples jeunes. Le schéma inverse s’observe pour les BNS en limitation. En effet, plus le couple avance en âge, plus sa probabilité de transition augmente de façon drastique. Ainsi, les couples adultes courent-ils six fois plus de risques d’avoir des BNS de limitation des naissances que les couples jeunes.

 

C’est à partir d’un écart d’âge de dix ans entre les conjoints que l’effet de cette variable sur la probabilité d’avoir un besoin non satisfait devient significatif. Un écart d’âge important tendrait à augmenter cette probabilité pour les BNS en espacement et à la diminuer pour les BNS en limitation des naissances. Seuls les couples de niveaux d’instruction élevés contrastent significativement avec ceux n’ayant aucune instruction. L’instruction tendrait à réduire les probabilités de transition pour les BNS en espacement et à les augmenter pour les BNS en limitation. La parité atteinte constitue l’autre variable robuste de la modélisation. Par rapport aux couples ayant 1 à 3 enfants, les couples ayant 4 à 6 enfants ont 30% moins de chances de se retrouver dans un état de BNS en espacement et trois fois plus de chances d’avoir un BNS en limitation. Ce résultat corrobore ainsi le constat établi plus haut lors de l’analyse descriptive et qui faisait état d’un effet puissant de l’âge, du niveau d’instruction et de la parité atteinte sur les chances de transition.

 

Violences faites aux femmes dans les familles Togolaises : caractéristiques et déterminants. Largement répandue dans le monde, la violence à l’égard des femmes se manifeste sous diverses formes. Selon un rapport des Nations Unies, une femme sur trois dans le monde a été battue, contrainte à avoir des rapports sexuels ou maltraitée le plus souvent par quelqu'un de sa connaissance, y compris son mari ou un autre membre masculin de la famille. Les quelques statistiques disponibles dans certains pays montrent que ce phénomène constitue un problème de première importance. En Afrique, les informations nécessaires sur l’ampleur réelle du phénomène et ses manifestations sont encore occultées. Les quelques rares données disponibles à la police ou au niveau des organismes sociaux, en dépit de leur nature embryonnaire sont assez éloquentes sur la gravité du phénomène.

 

Les principales causes et conséquences des violences faites aux femmes évoquées dans la littérature et divers travaux de recherche ont suscité quelques hypothèses et interrogations justifiant l'intérêt d'autres études pour mieux documenter le phénomène. La présente analyse a permis de mesurer l'ampleur du phénomène au niveau national et régional, de dégager le profil type de la femme victime et les facteurs qui influencent les risques de le devenir.

Les données qui sont analysées proviennent essentiellement de l’étude sur la Famille, les Migrations et l'Urbanisation au Togo (EFAMTO). Cette opération d'envergure nationale a porté sur un échantillon aléatoire représentatif de 2773 ménages. Des questions sur les violences faites aux femmes ont été posées dans une des sections des questionnaires de l’enquête quantitative. Deux démarches analytiques sont utilisées : l’analyse descriptive (analyse des proportions) et l'analyse explicative (analyse de régression logistique et une analyse sociologique des causes).

 

Les violences physiques, la privation économique et les violences sexuelles constituent les

principaux types de violence qui affectent les femmes au Togo. Une femme sur six a été victime au moins une fois dans sa vie de violences sexuelles ; environ deux femmes sur cinq ont subi la privation économique au moins une fois dans leur vie  et trois femmes sur quatre ont été victimes de violences physiques au moins une fois dans leur vie.

En milieu rural on dénombre 81% de femmes victimes de violences physiques, 44% de femmes ont subi la privation économique et 17% ont été victimes de violences sexuelles. En milieu urbain, ces proportions sont respectivement de 61%, 36% et 17%.

 

En ce qui concerne l’intensité du phénomène selon la région, on note des disparités assez frappantes. Ainsi, la proportion de victimes de violences physiques augmente à mesure que l’on évolue du Sud au Nord. Les violences physiques prennent de l’ampleur avec le temps. 31% des femmes ont subi des violences physiques au cours des cinq dernières années et on a enregistré 18% des femmes qui ont subi ces violences au cours des douze derniers mois seulement. Ce qui représente plus de la moitié des cas enregistrés au cours des cinq années. Lorsqu’on s’intéresse à l’évolution des violences physiques selon le milieu de résidence, on constate que le phénomène s’aggrave avec le temps, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural.

Pour chaque type de violence, on a dégagé le profil type des victimes. Ainsi la femme victime de violences physiques  est une femme non instruite, vivant en milieu rural et qui exerce une activité économique vivant dans un ménage de grande taille et ayant au moins 3 enfants. La victime de la privation économique est une femme non instruite, du milieu rural, ayant au moins 30 ans, vivant en union et ayant au moins 4 enfants. La victime de violences sexuelles est la femme instruite âgée de 20 à 39 ans du milieu urbain vivant en union avec 1 à 2 enfants et exerçant une activité économique.

 

Les résultats de l'analyse multivariée à l’aide des modèles de régression logistique révèlent que l’âge et la parité atteinte sont les facteurs les plus déterminants. Dans une moindre mesure, le niveau d’instruction et l’état matrimonial se sont aussi révélés influents.

En ce qui concerne les causes des violences faites aux femmes , l'analyse sociologique inspirée du modèle de Heise relève une série de facteurs qui se conjuguent pour développer le comportement violent d'un homme à l'égard d'une femme. Quelques facteurs de niveau individuel, familial et sociétal sont ressortis du discours des participants aux discussions de groupe.

 

Au niveau individuel, l'éducation familiale reçue et le comportement de chacun des conjoints sont des facteurs qui apparaissent comme des éléments déclencheurs de violence. Pour la majorité des hommes, le comportement de la femme joue un grand rôle dans des conflits pour la simple raison que, c'est la femme qui doit faire preuve de soumission et d'humilité pour la cohésion et l'harmonie du foyer. Les femmes quant à elles reprochent aux hommes l'abus d'autorité dans l'exercice de leur rôle de chef de famille.

 

Au niveau familial, les origines socio économiques des violences sont plus fréquentes. Il est apparu que les femmes exerçant une activité économique sont plus nombreuses à être victimes des violences faites aux femmes. Le comportement de la femme riche et qui a ses biens porterait atteinte aux prérogatives de l'homme. Dès que la femme contribue au revenu familial, la plupart des hommes se sentent menacés et développent des stratégies de conservation de leurs privilèges notamment par la violence.

 

Au niveau sociétal, les pesanteurs socioculturelles occupent une place considérable parmi les causes des violences faites aux femmes. Il s'agit notamment de la perception que les togolais ont de la femme, des rites de veuvage humiliant et dégradant, des pratiques traditionnelles néfastes dont l'excision. La valeur de la femme n'est reconnue que par ses rôles traditionnels et multiples de mère, épouse soumise, ménagère, gardiennes de maisons, éducatrices des enfants. La transgression de ces normes déclenche chez l'homme des comportements violents.

De même que pour les causes, les effets des violences faites aux femmes se répercutent au niveau des victimes, de leur famille et de la société. Au niveau des victimes, les sévices provoquent des lésions corporelles et des conséquences psychologiques pouvant porter atteinte à la personnalité de l'individu. A l'heure de la pandémie du sida, les violences sexuelles peuvent entraîner la contamination des IST/VIH/SIDA et les grossesses non désirées.

Au niveau familial, les résultats ont le plus souligné les répercussions que cette violence peut avoir sur l'éducation des enfants et la situation de précarité dans laquelle ils se retrouvent après le divorce de leurs parents.

 

Pour la société, les violences faites aux femmes ont des effets sur la participation des femmes dans le développement national. En outre les enfants de rue et les cas sociaux occasionnés par les violences faites aux femmes deviennent de véritables fardeaux pour la société togolaise.

Le phénomène des violences faites aux femmes ne cesse de prendre de l'ampleur car les mécanismes de gestion des conflits nés des violences faites aux femmes se heurtent à certains obstacles dont l'ignorance des droits et le mutisme cultivé autour du phénomène. Le recours à la famille constitue la voie la plus utilisée. Le recours aux institutions n'est généralement pas souhaité à telle enseigne que lorsque certaines victimes ont le courage d’aller au commissariat ou à la gendarmerie certains policiers renvoient certaines plaintes en famille.

 

Ce tour d'horizon de la situation des violences faites aux femmes dans les familles togolaises qui a permis de montrer l'ampleur, les déterminants, les causes, les conséquences et les mécanismes de gestion éveille le désir de s'interroger sur les perspectives pour une lutte engagée en vue de l'éradication de ce mal qui ne cesse de se développer. Des actions sont à entreprendre au niveau des individus, des familles, des acteurs de luttes contre les violences faites aux femmes. L'Etat et les partenaires au développement doivent se mobiliser pour cette lutte par la mise en œuvre des recommandations dégagées au terme de cette étude. Les principales de ces recommandations sont notamment la mise en application effective des conventions internationales portant sur la lutte contre la violence faite aux femmes signées par le Togo, le développement des programmes de Communication pour un Changement de Comportement (CCC) spécifiques à travers des canaux de communication appropriés aux différentes couches sociales concernées et la réalisation d'une étude d'envergure nationale sur le phénomène.

 

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