Initié par le Programme FOCUS
(Université de Tulane) et l’Unité de Recherche Démographique (URD)
et financé par la SFPS et l’USAID, le projet “Evaluation du Centre
des Jeunes de l’ATBEF” a été mené en trois grandes phases. La
première phase qui visait un état des lieux en matière de la
connaissance, comportement et pratique sexuels des jeunes de Lomé a
donné lieu à une enquête quantitative et une enquête qualitative
réalisées en 1998. La deuxième phase qui viendra deux ans plus tard
est une appréciation à mi-chemin des changements éventuels
enregistrés auprès des jeunes interviewés lors de la première phase.
Il s’agit aussi d’apprécier ces différents changements par rapport
aux deux années d’activités du centre des jeunes de Lomé. Enfin une
troisième phase est intervenue en 2001.
L’enquête quantitative de base
réalisée en 1998 s’est portée sur un échantillon représentatif de
2083 jeunes âgés de 10 à 24 ans. Lors de la deuxième phase, il
s’agit d’aller collecter les informations auprès des mêmes jeunes
interviewés à l’enquête de base. A la deuxième phase, le taux de
déperdition a été important. De ce fait, seuls 817 des jeunes qui
ont participé à l’enquête de base ont été interrogés avec succès à
l’enquête de suivi en 2000. Toutefois, l’enquête de suivi de 2000
s’est portée sur un total de 1679 jeunes. En fait, dans certains
ménages, où le jeune interviewé en 1998 n’est plus retrouvé, on
procède à un remplacement. C’est donc les mêmes ménages qui ont été
retenus en 1998 comme en 2000.
Lors de la troisième phase, seuls les
jeunes interviewés en 1998 ou en 2000 devraient être interviewés.
C’est ainsi que 1332 des jeunes qui ont été interviewés soit en 1998
ou en 2000 ont été enquêtés. Cet échantillon a été appelé
échantillon-jeune. Afin de constituer un groupe numériquement
important de jeunes fréquentant un centre de soins de santé de la
reproduction, en dehors des 1332 jeunes interviewés dans les
ménages, 524 jeunes ont été interrogés dans quatre cliniques qui
offrent des services de la santé de reproduction. Les jeunes
enquêtés dans les cliniques constituent l’échantillon-clinique.
Objectifs de l’étude
Basée sur une évaluation des
connaissances, pratiques et aspirations des jeunes de Lomé d’une
part, et sur l’analyse du fonctionnement du centre des jeunes de l’ATBEF
d’autre part, la recherche se propose plus spécifiquement de :
* Analyser les profils des jeunes qui
fréquentent et ceux qui ne fréquentent pas le centre;
* Evaluer les connaissances, pratiques
et besoins de ces jeunes en matière de santé reproductive
(contraception, MST/SIDA, grossesse non désirées, etc) ;
* Evaluer les connaissances,
attitudes et pratiques des parents de ces jeunes en matière de santé
reproductive (planification familiale, MST/SIDA, éducation
familiale, etc) ;
* Evaluer l’adéquation des
prestations offertes par le centre de jeunes en matière de santé
reproductive.
Principaux résultats
Plusieurs résultats ressortent de
l’analyse des données de la troisième phase. Par ailleurs, la
présente analyse a essayé de constituer un fichier de données à deux
dates différentes des jeunes qui ont été interviewés en 1998 et
2000, 1998 et 2001, 2000 et 2001 et ceux qui l’ont été aux trois
phases soit 1998, 2000 et 2001. Cette base de données permet un
examen de changements de comportements des jeunes au cours de la
période.
Caractéristiques des échantillons
Contrairement à ce qui a été observé
lors des deux premières phases, la répartition des enquêtés (échantillon-jeune)
de la troisième phase selon le sexe dénote une légère prédominance
des garçons. On dénombre 53 % de garçons pour 47 % de filles. Situé
à 17,3 ans lors de la collecte de la première phase en 2000, l’âge
moyen des jeunes a atteint 19,2 ans à la troisième phase. Et il faut
souligner que les filles sont légèrement plus légèrement plus âgées
que les garçons. Une proportion relativement importante des jeunes a
atteint au moins le niveau secondaire du système scolaire formel. En
majorité, Adja-Ewé, les enquêtés pratiquent la religion catholique.
Les jeunes enquêtés lors de la troisième phase vivent en majorité
(38 %) avec leurs parents biologiques, 26 % d’entre eux ne vivent
avec aucun des parents biologiques et les jeunes qui ne vivent
qu’avec leur père biologique est la plus faible (12 %). Environ 1
jeune 10 (10,6 %) était en union au moment de la collecte.
Quand on considère l’échantillon (échantillon-clinique)
des jeunes qui ont été enquêtés dans les quatre cliniques retenues,
on note quelques différences. En effet, il s’agit essentiellement de
filles dont l’âge moyen est de 20 ans. De plus, la proportion de
jeunes en union dans ce sous échantillon est plus important (27 %).
Les jeunes qui ne vivent avec aucun de leurs parents biologiques
constituent ici 40 % de l’échantillon. Par ailleurs, il faut dire
que l’échantillon-clinique est constitué en grande partie (61 %) de
jeunes qui ont été interviewés au centre des jeunes de l’ATBEF.
Fréquentation d’un centre qui
offre les services de santé de la reproduction
Dans l’échantillon-jeune, 12 % des
jeunes ont affirmé avoir fréquenté un centre qui offre des services
de santé de la reproduction lors des six derniers mois précédant
l’enquête. Sur l’ensemble des jeunes qui fréquentent les centres de
soins, 84 % ont visité le centre des jeunes de l’ATBEF. Au sujet de
la fréquentation du centre des jeunes de l’ATBEF, il ressort des
données que les jeunes âgés de 15 à 19 ans sont en proportion plus
importante à visiter les services de planification familiale. Du
point de vue de leur occupation professionnelle, le fait d’être
élève ou étudiant augmente sensiblement la probabilité de fréquenter
un centre de soins qui offre les services de santé de la
reproduction. On peut également noter qu’au cours des six derniers
mois précédant la collecte, les garçons ont été plus intéressés par
la fréquentation du centre des jeunes de l’ATBEF. Qu’il s’agisse des
garçons comme des filles, les raisons de visite des centres de
services de santé reproductive sont pratiquement les mêmes. Ainsi
filles et garçons évoquent les causeries éducatives et les
projections de films comme les raisons de visite qui motivent la
plupart des jeunes.
Certaines caractéristiques semblent
fort déterminantes dans l’attitude des jeunes au sujet de la
fréquentation d’un centre de planification familiale. En effet, le
fait d’avoir eu un entretien avec un pair éducateur qui vous
entretient sur des sujets relatifs à la santé de la reproduction
inciterait les jeunes à chercher à fréquenter les centres qui
offrent les services de santé de la reproduction. Des émissions
télévisuelles aussi enclencheraient chez certains jeunes l’envie de
visiter les centres qui animent éventuellement des discussions en
matière de comportements sexuels.
Connaissance, attitudes et
comportements sexuels
Quand on évoque le concept de
sexualité, environ 6 jeunes sur 10 des jeunes loméens pense
immédiatement aux rapports sexuels. Les autres attributs que les
jeunes associent essentiellement à ce concept sont les MST/SIDA et
le mariage. Il faut toutefois souligner ici que de différences
sensibles apparaissent quand on introduit le sexe dans l’analyse. En
fait, filles et garçons n’ont pas exactement la même perception de
ce concept. Au sujet de la connaissance, il ressort clairement des
données analysées que la fréquentation du centre des jeunes de l’ATBEF
est un facteur très important dans la bonne connaissance des
questions relatives à la sexualité. De même, c’est dans le groupe de
jeunes qui ont une bonne connaissance de la sexualité que l’on
dénombre une proportion plus importante de ceux d’entre eux qui
utilisent une méthode contraceptive lors des rapports sexuels.
Lors de la phase 3 du programme, 57 %
des célibataires ont déclaré avoir déjà eu leurs premiers rapports
sexuels. Cet événement intervient en moyenne à 17 ans. La proportion
de jeunes célibataires ayant déjà eu leurs premiers rapports sexuels
ne varie pratiquement pas selon le sexe. Au sujet des comportements
sexuels, on constate que les jeunes qui partagent le même toit avec
leurs parents biologiques sont proportionnellement moins nombreux
(46 %) à avoir une expérience sexuelle. Par contre ceux qui ne
vivent avec aucun des parents biologiques sont également les plus
nombreux à avoir déjà pratiqué leurs premiers rapports sexuels. De
plus, le fait de quitter le cursus scolaire semble augmenter la
propension des jeunes loméens à devenir sexuellement actif. Et lors
de leurs premiers rapports sexuels, 4 jeunes sur 10 (35 %) ont
utilisé une méthode contraceptive. Les données montrent en outre que
le condom reste la méthode contraceptive qui est souvent utilisée.
Les analyses multivariées effectuées montrent pour leur part que le
niveau d’instruction, la visite d’une clinique qui offre les
services de la santé reproductive, l’arrangement familial et la
bonne connaissance de la sexualité influencent significativement
l’utilisation d’une méthode contraceptive lors des rapports sexuels.
Au sujet de changements de comportements, il apparaît que plus on
est âgé, plus on a de chance de continuer à utiliser une méthode
contraceptive moderne lorsqu’on l’a fait une fois. Une fois que l’on
s’est protégé lors des derniers rapports, les jeunes âgés de plus de
19 ans sont plus réticents que les autres à retomber dans une
situation où une méthode contraceptive n’est pas utilisée lors des
rapports sexuels. Tels sont certains des
résultats que livre le présent rapport.
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