UNIVERSITE DE LOME

UNITE DE RECHERCHE DEMOGRAPHIQUE (URD)

B.P. 12971 - Tél. (228) 221-17-21  - Fax (228) 222-08-89

Lomé - Togo

RAPPORT DE RECHERCHE

 

ÉVALUATION DU CENTRE DES JEUNES DE L'ATBEF DE LOMÉ (EVACJEUNE)

Résumé

Initié par le Programme FOCUS (Université de Tulane) et l’Unité de Recherche Démographique (URD) et financé par la SFPS et l’USAID, le projet “Evaluation du Centre des Jeunes de l’ATBEF” a été mené en trois grandes phases. La première phase qui visait un état des lieux en matière de la connaissance, comportement et pratique sexuels des jeunes de Lomé a donné lieu à une enquête quantitative et une enquête qualitative réalisées en 1998. La deuxième phase qui viendra deux ans plus tard est une appréciation à mi-chemin des changements éventuels enregistrés auprès des jeunes interviewés lors de la première phase. Il s’agit aussi d’apprécier ces différents changements par rapport aux deux années d’activités du centre des jeunes de Lomé. Enfin une troisième phase est intervenue en 2001.

L’enquête quantitative de base réalisée en 1998 s’est portée sur un échantillon représentatif de 2083 jeunes âgés de 10 à 24 ans. Lors de la deuxième phase, il s’agit d’aller collecter les informations auprès des mêmes jeunes interviewés à l’enquête de base. A la deuxième phase, le taux de déperdition a été important. De ce fait, seuls 817 des jeunes qui ont participé à l’enquête de base ont été interrogés avec succès à l’enquête de suivi en 2000. Toutefois, l’enquête de suivi de 2000 s’est portée sur un total de 1679 jeunes. En fait, dans certains ménages, où le jeune interviewé en 1998 n’est plus retrouvé, on procède à un remplacement. C’est donc les mêmes ménages qui ont été retenus en 1998 comme en 2000.   

Lors de la troisième phase, seuls les jeunes interviewés en 1998 ou en 2000 devraient être interviewés. C’est ainsi que 1332 des jeunes qui ont été interviewés soit en 1998 ou en 2000 ont été enquêtés. Cet échantillon a été appelé échantillon-jeune. Afin de constituer un groupe numériquement important de jeunes fréquentant un centre de soins de santé de la reproduction, en dehors des 1332 jeunes interviewés dans les ménages, 524 jeunes ont été interrogés dans quatre cliniques qui offrent des services de la santé de reproduction. Les jeunes enquêtés dans les cliniques constituent l’échantillon-clinique. 

 Objectifs de l’étude

Basée sur une évaluation des connaissances, pratiques et aspirations des jeunes de Lomé d’une part, et sur l’analyse du fonctionnement du centre des jeunes de l’ATBEF d’autre part, la recherche se propose plus spécifiquement de :

* Analyser les profils des jeunes qui fréquentent et ceux qui ne fréquentent pas le centre;

* Evaluer les connaissances, pratiques et besoins de ces jeunes en matière de santé reproductive (contraception, MST/SIDA, grossesse non désirées, etc) ; 

 * Evaluer les connaissances, attitudes et pratiques des parents de ces jeunes en matière de santé reproductive (planification familiale, MST/SIDA, éducation familiale, etc) ;

 * Evaluer l’adéquation des prestations offertes par le centre de jeunes en matière de santé reproductive.

Principaux résultats

Plusieurs résultats ressortent de l’analyse des données de la troisième phase. Par ailleurs, la présente analyse a essayé de constituer un fichier de données à deux dates différentes des jeunes qui ont été interviewés en 1998 et 2000, 1998 et 2001, 2000 et 2001 et ceux qui l’ont été aux trois phases soit 1998, 2000 et 2001. Cette base de données permet un examen de changements de comportements des jeunes au cours de la période. 

 Caractéristiques des échantillons

Contrairement à ce qui a été observé lors des deux premières phases, la répartition des enquêtés (échantillon-jeune) de la troisième phase selon le sexe dénote une légère prédominance des garçons. On dénombre 53 % de garçons pour 47 % de filles. Situé à 17,3 ans lors de la collecte de la première phase en 2000, l’âge moyen des jeunes a atteint 19,2 ans à la troisième phase. Et il faut souligner que les filles sont légèrement plus légèrement plus âgées que les garçons. Une proportion relativement importante des jeunes a atteint au moins le niveau secondaire du système scolaire formel. En majorité, Adja-Ewé, les enquêtés pratiquent la religion catholique. Les jeunes enquêtés lors de la troisième phase vivent en majorité (38 %) avec leurs parents biologiques, 26 % d’entre eux ne vivent avec aucun des parents biologiques et les jeunes qui ne vivent qu’avec leur père biologique est la plus faible (12 %). Environ 1 jeune 10 (10,6 %) était en union au moment de la collecte.  

Quand on considère l’échantillon (échantillon-clinique) des jeunes qui ont été enquêtés dans les quatre cliniques retenues, on note quelques différences. En effet, il s’agit essentiellement de filles dont l’âge moyen est de 20 ans. De plus, la proportion de jeunes en union dans ce sous échantillon est plus important (27 %). Les jeunes qui ne vivent avec aucun de leurs parents biologiques constituent ici 40 % de l’échantillon. Par ailleurs, il faut dire que l’échantillon-clinique est constitué en grande partie (61 %) de jeunes qui ont été interviewés au centre des jeunes de l’ATBEF. 

Fréquentation d’un centre qui offre les services de santé de la reproduction 

Dans l’échantillon-jeune, 12 % des jeunes ont affirmé avoir fréquenté un centre qui offre des services de santé de la reproduction lors des six derniers mois précédant l’enquête. Sur l’ensemble des jeunes qui fréquentent les centres de soins, 84 % ont visité le centre des jeunes de l’ATBEF. Au sujet de la fréquentation du centre des jeunes de l’ATBEF, il ressort des données que les jeunes âgés de 15 à 19 ans sont en proportion plus importante à visiter les services de planification familiale. Du point de vue de leur occupation professionnelle, le fait d’être élève ou étudiant augmente sensiblement la probabilité de fréquenter un centre de soins qui offre les services de santé de la reproduction. On peut également noter qu’au cours des six derniers mois précédant la collecte, les garçons ont été plus intéressés par la fréquentation du centre des jeunes de l’ATBEF. Qu’il s’agisse des garçons comme des filles, les raisons de visite des centres de services de santé reproductive sont pratiquement les mêmes. Ainsi filles et garçons évoquent les causeries éducatives et les projections de films comme les raisons de visite qui motivent la plupart des jeunes.

Certaines caractéristiques semblent fort déterminantes dans l’attitude des jeunes au sujet de la fréquentation d’un centre de planification familiale. En effet, le fait d’avoir eu un entretien avec un pair éducateur qui vous entretient sur des sujets relatifs à la santé de la reproduction inciterait les jeunes à chercher à fréquenter les centres qui offrent les services de santé de la reproduction. Des émissions télévisuelles aussi enclencheraient chez certains jeunes l’envie de visiter les centres qui animent éventuellement des discussions en matière de comportements sexuels.

Connaissance, attitudes et comportements sexuels

Quand on évoque le concept de sexualité, environ 6 jeunes sur 10 des jeunes loméens pense immédiatement aux rapports sexuels. Les autres attributs que les jeunes associent essentiellement à ce concept sont les MST/SIDA et le mariage. Il faut toutefois souligner ici que de différences sensibles apparaissent quand on introduit le sexe dans l’analyse. En fait, filles et garçons n’ont pas exactement la même perception de ce concept. Au sujet de la connaissance, il ressort clairement des données analysées que la fréquentation du centre des jeunes de l’ATBEF est un facteur très important dans la bonne connaissance des questions relatives à la sexualité. De même, c’est dans le groupe de jeunes qui ont une bonne connaissance de la sexualité que l’on dénombre une proportion plus importante de ceux d’entre eux qui utilisent une méthode contraceptive lors des rapports sexuels.

Lors de la phase 3 du programme, 57 % des célibataires ont déclaré avoir déjà eu leurs premiers rapports sexuels. Cet événement intervient en moyenne à 17 ans. La proportion de jeunes célibataires ayant déjà eu leurs premiers rapports sexuels ne varie pratiquement pas selon le sexe. Au sujet des comportements sexuels, on constate que les jeunes qui partagent le même toit avec leurs parents biologiques sont proportionnellement moins nombreux (46 %) à avoir une expérience sexuelle. Par contre ceux qui ne vivent avec aucun des parents biologiques sont également les plus nombreux à avoir déjà pratiqué leurs premiers rapports sexuels. De plus, le fait de quitter le cursus scolaire semble augmenter la propension des jeunes loméens à devenir sexuellement actif. Et lors de leurs premiers rapports sexuels, 4 jeunes sur 10 (35 %) ont utilisé une méthode contraceptive. Les données montrent en outre que le condom reste la méthode contraceptive qui est souvent utilisée. Les analyses multivariées effectuées montrent pour leur part que le niveau d’instruction, la visite d’une clinique qui offre les services de la santé reproductive, l’arrangement familial et la bonne connaissance de la sexualité influencent significativement l’utilisation d’une méthode contraceptive lors des rapports sexuels. Au sujet de changements de comportements, il apparaît que plus on est âgé, plus on a de chance de continuer à utiliser une méthode contraceptive moderne lorsqu’on l’a fait une fois. Une fois que l’on s’est protégé lors des derniers rapports, les jeunes âgés de plus de 19 ans sont plus réticents que les autres à retomber dans une situation où une méthode contraceptive n’est pas utilisée lors des rapports sexuels. Tels sont certains des résultats que livre le présent rapport.

 

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