Résumé
A quels besoins répond l'étude?
La propagation rapide des IST/VIH/SIDA
fait payer un lourd tribut aux pays africains. Non seulement elle
empêche les individus infectés de profiter pleinement de la vie,
mais à l'échelle des pays, elle handicape le développement du
capital humain, amenuise la rentabilité de l'éducation et fait
obstacle au développement durable. L'étude CAP-IST/VIH/SIDA en
Milieu rural commanditée par PSI/Togo et réalisée par
l'Unité de Recherche Démographique (URD) s'inscrit dans la
perspective de freiner le rythme de propagation de ces affections,
notamment en milieu rural togolais. Plus spécifiquement, cette étude
vise à mettre à la disposition de PSI/Togo et d’autres intervenants
dans le domaine du VIH/SIDA, des informations actualisées et des
indicateurs d'appréciation du niveau de connaissance de la
population rurale togolaise sur les IST/VIH/SIDA, du niveau de
responsabilité des comportements sexuels, du niveau d'exposition de
cette population aux campagnes de sensibilisation et du degré de
persistance des idées fausses qu'elle entretient sur le VIH/SIDA.
Les résultats fournis par l'étude sont censés permettre à PSI/Togo
et aux autres intervenants de juger du niveau de conscience de la
population enquêtée au risque d'être infectée par les IST/VIH/SIDA
et de mesurer l'effort à accomplir dans le cadre des interventions
de lutte contre ces infections pour amorcer la transition vers des
comportements sexuels à faible risque.
Quelle est la démarche
méthodologique utilisée?
Pour atteindre ces objectifs, une
enquête de type CAP a été réalisée dans le milieu rural de trois
régions du Togo : la région Maritime, la région de la Kara et la
région des Savanes. Cette enquête a porté sur un échantillon de 2473
individus dont 1243 hommes de 15 à 59 ans et 1230 femmes de 15 à 49
ans. Le questionnaire utilisé comprend 18 sections thématiques et a
permis de documenter plus de 400 variables de niveau individuel. Les
analyses univariées et bivariées ont été utilisées pour traiter les
données collectées.
Que nous apprennent les
résultats de l'étude?
Il ressort globalement des résultats
de l'étude qu'en milieu rural togolais, les connaissances sur les
IST/VIH/SIDA sont bonnes mais un écart important s'observe entre ce
niveau de connaissance et l'adoption de comportements sexuels visant
à réduire les risques d'infection. A titre d'illustration, chez les
jeunes sexuellement actifs - les plus susceptibles d'adopter ces
comportements - les résultats montrent que si une grande majorité
d'entre eux ont entendu parler des IST/VIH/SIDA (80% pour les IST et
99% pour le VIH/SIDA) ; moins de 60% ont recouru à l’utilisation du
préservatif lors de leur dernier rapport sexuel. Aussi, les actions
à entreprendre dans ce milieu doivent-elles viser non seulement à
rendre plus systématiques les connaissances sur les IST/VIH/SIDA
mais surtout à induire un changement de comportement en matière de
sexualité.
De façon plus détaillée, l'étude
révèle que :
- Si tout le monde ou
presque a déjà entendu parler des IST (85%) ou du VIH/SIDA (99%),
ceux qui connaissent bien les symptômes, les modes de transmission
ou les moyens de prévention de ces infections sont en proportions
plus faibles. En ce qui concerne le VIH/SIDA, la transmission par
les objets tranchants souillés de sang se révèle être la voie de
contamination la plus citée (74% chez les hommes et 64% chez les
femmes). Les autres modes de transmission cités sont : les rapports
sexuels (58% chez les hommes et 56% chez les femmes), les rapports
sexuels non protégés (41% chez les hommes et 32% chez les femmes),
le multipartenariat (35% chez les hommes et 41% chez les femmes) et
la transfusion sanguine (21% chez les hommes et 12% chez les
femmes). Par rapport aux moyens de prévention du VIH/SIDA, la
référence à l'utilisation du préservatif vient en tête de liste (76%
chez les hommes et 59 % chez les femmes). Signalons par ailleurs
qu'environ 8% des enquêtés ont déclaré avoir subi le test de
dépistage du VIH/SIDA.
- L'âge au premier rapport
sexuel reste bas. Environ 17% des enquêtés ont eu leur premier
rapport sexuel avant 15 ans (17% chez les hommes et 18% chez les
femmes) et plus de la moitié l’ont eu avant 18 ans (52% chez les
hommes et 67% chez les femmes). Par ailleurs, l'activité sexuelle
mesurée sur les trois derniers mois précédant la collecte se révèle
intense. Une proportion de 69% d’hommes et 57% de femmes ont eu au
moins un rapport sexuel au cours des trois derniers mois précédant
l’enquête. A leur dernier rapport sexuel, 28% des hommes et 16% des
femmes se sont protégés. Au cours des 12 derniers mois, 50% des
femmes ayant eu un rapport sexuel avec un partenaire occasionnel ont
utilisé un préservatif. Chez les hommes, cette proportion est à peu
près équivalente (48%).
- Plus de 80% des hommes
et 60% des femmes enquêtés ont déclaré avoir déjà vu ou entendu un
message sur le VIH/SIDA. La radio reste de loin la principale source
d'exposition à ces messages (91% chez les hommes et 87% chez les
femmes). Des onze (11) spots spécifiques sur lesquels les enquêtés
ont été interrogés, celui qui a été le plus vu/entendu est
"N'importe qui peut être infecté par le VIH, tout le monde peut
l'éviter" avec un niveau d'exposition de 42% chez les hommes et
27% chez les femmes. Si ce spot a été également le mieux compris par
les femmes (82%), c'est plutôt le spot "Tu vas sortir avec une go
qui va sortir avec un gars et ce même gars va aller sortir avec une
autre go" dont les hommes ont le plus compris le message (86%).
- Globalement les fausses
idées sur le VIH/SIDA sont encore vivaces en milieu rural togolais.
Ainsi, environ 31% des hommes et 47% des femmes de ce milieu pensent
que les piqûres de moustiques peuvent transmettre le VIH/SIDA. De
même, 15% des hommes et 21% des femmes interrogés estiment qu’en
prenant un repas avec quelqu’un qui est infecté par le VIH/SIDA, on
peut attraper la maladie.
Quelles interventions suggèrent
ces résultats?
Pris dans leur globalité, les
résultats de l'étude incitent à intensifier les actions de type CCC
en milieu rural en ciblant plus particulièrement les jeunes
sexuellement actifs dont la connaissance, somme toute bonne
sur les IST/VIH/SIDA, n’induit que faiblement leur transition vers
des comportements à moindre risque. Il y a donc nécessité
d’entreprendre assez tôt ces interventions parce que, en milieu
rural, les IST/VIH/SIDA font plus de ravages qu'il n'y paraît.
D'autre part, parce qu'elles seront menées en milieu rural, ces
actions devraient stratégiquement prendre en compte les facteurs
d'entrave à l’utilisation du préservatif (facteurs socio-culturels,
faible niveau d'instruction de la population, faible pouvoir de
décision et de négociation des femmes, coût d'achat du préservatif,
distances à parcourir pour se procurer les préservatifs, etc.) afin
d'avoir une portée sociale réelle et connaître une pleine réussite.
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