UNIVERSITE DE LOME

UNITE DE RECHERCHE DEMOGRAPHIQUE (URD)

B.P. 12971 - Tél. (228) 221-17-21  - Fax (228) 222-08-89

Lomé - Togo

 RAPPORT DE RECHERCHE

 

Connaissances, attitudes et pratiques en matière des IST/VIH/SIDA  en milieu rural au Togo

(CAP - IST/VIH/SIDA - Togo 2005)

Résumé

 

A quels besoins répond l'étude?

 

La propagation rapide des IST/VIH/SIDA fait payer un lourd tribut aux pays africains. Non seulement elle empêche les individus infectés de profiter pleinement de la vie, mais à l'échelle des pays, elle handicape le développement du capital humain, amenuise la rentabilité de l'éducation et fait obstacle au développement durable. L'étude CAP-IST/VIH/SIDA en Milieu rural commanditée par PSI/Togo et réalisée par l'Unité de Recherche Démographique (URD) s'inscrit dans la perspective de freiner le rythme de propagation de ces affections, notamment en milieu rural togolais. Plus spécifiquement, cette étude vise à mettre à la disposition de PSI/Togo et d’autres intervenants dans le domaine du VIH/SIDA, des informations actualisées et des indicateurs d'appréciation du niveau de connaissance de la population rurale togolaise sur les IST/VIH/SIDA, du niveau de responsabilité des comportements sexuels, du niveau d'exposition de cette population aux campagnes de sensibilisation et du degré de persistance des idées fausses qu'elle entretient sur le VIH/SIDA. Les résultats fournis par l'étude sont censés permettre à PSI/Togo et aux autres intervenants de juger du niveau de conscience de la population enquêtée au risque d'être infectée par les IST/VIH/SIDA et de mesurer l'effort à accomplir dans le cadre des interventions de lutte contre ces infections pour amorcer la transition vers des comportements sexuels à faible risque.

 

Quelle est la démarche méthodologique utilisée?

 

Pour atteindre ces objectifs, une enquête de type CAP a été réalisée dans le milieu rural de trois régions du Togo : la région Maritime, la région de la Kara et la région des Savanes. Cette enquête a porté sur un échantillon de 2473 individus dont 1243 hommes de 15 à 59 ans et 1230 femmes de 15 à 49 ans. Le questionnaire utilisé comprend 18 sections thématiques et a permis de documenter plus de 400 variables de niveau individuel. Les analyses univariées et bivariées ont été utilisées pour traiter les données collectées.

 

 

Que nous apprennent les résultats de l'étude?

 

Il ressort globalement des résultats de l'étude qu'en milieu rural togolais, les connaissances sur les IST/VIH/SIDA sont bonnes mais un écart important s'observe entre ce niveau de connaissance et l'adoption de comportements sexuels visant à réduire les risques d'infection. A titre d'illustration, chez les jeunes sexuellement actifs - les plus susceptibles d'adopter ces comportements - les résultats montrent que si une grande majorité d'entre eux ont entendu parler des IST/VIH/SIDA (80% pour les IST et 99% pour le VIH/SIDA) ; moins de 60% ont recouru à l’utilisation du préservatif lors de leur dernier rapport sexuel. Aussi, les actions à entreprendre dans ce milieu doivent-elles viser non seulement à rendre plus systématiques les connaissances sur les IST/VIH/SIDA mais surtout à induire un changement de comportement en matière de sexualité.

 

De façon plus détaillée, l'étude révèle que :

 

- Si tout le monde ou presque a déjà entendu parler des IST (85%) ou du VIH/SIDA (99%), ceux qui connaissent bien les symptômes, les modes de transmission ou les moyens de prévention de ces infections sont en proportions plus faibles. En ce qui concerne le VIH/SIDA, la transmission par les objets tranchants souillés de sang se révèle être la voie de contamination la plus citée (74% chez les hommes et 64% chez les femmes). Les autres modes de transmission cités sont : les rapports sexuels (58% chez les hommes et 56% chez les femmes), les rapports sexuels non protégés (41% chez les hommes et 32% chez les femmes), le multipartenariat (35% chez les hommes et 41% chez les femmes) et la transfusion sanguine (21% chez les hommes et 12% chez les femmes). Par rapport aux moyens de prévention du VIH/SIDA, la référence à l'utilisation du préservatif vient en tête de liste (76% chez les hommes et 59 % chez les femmes). Signalons par ailleurs qu'environ 8% des enquêtés ont déclaré avoir subi le test de dépistage du VIH/SIDA.

 

- L'âge au premier rapport sexuel reste bas. Environ 17% des enquêtés ont eu leur premier rapport sexuel avant 15 ans (17% chez les hommes et 18% chez les femmes) et plus de la moitié l’ont eu avant 18 ans (52% chez les hommes et 67% chez les femmes). Par ailleurs, l'activité sexuelle mesurée sur les trois derniers mois précédant la collecte se révèle intense. Une proportion de 69% d’hommes et 57% de femmes ont eu au moins un rapport sexuel au cours des trois derniers mois précédant l’enquête. A leur dernier rapport sexuel, 28% des hommes et 16% des femmes se sont protégés. Au cours des 12 derniers mois, 50% des femmes ayant eu un rapport sexuel avec un partenaire occasionnel ont utilisé un préservatif. Chez les hommes, cette proportion est à peu près équivalente (48%).

 

- Plus de 80% des hommes et 60% des femmes enquêtés ont déclaré avoir déjà vu ou entendu un message sur le VIH/SIDA. La radio reste de loin la principale source d'exposition à ces messages (91% chez les hommes et 87% chez les femmes). Des onze (11) spots spécifiques sur lesquels les enquêtés ont été interrogés, celui qui a été le plus vu/entendu est "N'importe qui peut être infecté par le VIH, tout le monde peut l'éviter" avec un niveau d'exposition de 42% chez les hommes et 27% chez les femmes. Si ce spot a été également le mieux compris par les femmes (82%), c'est plutôt le spot "Tu vas sortir avec une go qui va sortir avec un gars et ce même gars va aller sortir avec une autre go" dont les hommes ont le plus compris le message (86%).

 

- Globalement les fausses idées sur le VIH/SIDA sont encore vivaces en milieu rural togolais. Ainsi, environ 31% des hommes et 47% des femmes de ce milieu pensent que les piqûres de moustiques peuvent transmettre le VIH/SIDA. De même, 15% des hommes et 21% des femmes interrogés estiment qu’en prenant un repas avec quelqu’un qui est infecté par le VIH/SIDA, on peut attraper la maladie.

 

 

Quelles interventions suggèrent ces résultats?

 

Pris dans leur globalité, les résultats de l'étude incitent à intensifier les actions de type CCC en milieu rural en ciblant plus particulièrement les jeunes sexuellement actifs dont la connaissance, somme toute bonne sur les IST/VIH/SIDA, n’induit que faiblement leur transition vers des comportements à moindre risque. Il y a donc nécessité d’entreprendre assez tôt ces interventions parce que, en milieu rural, les IST/VIH/SIDA font plus de ravages qu'il n'y paraît. D'autre part, parce qu'elles seront menées en milieu rural, ces actions devraient stratégiquement prendre en compte les facteurs d'entrave à l’utilisation du préservatif (facteurs socio-culturels, faible niveau d'instruction de la population, faible pouvoir de décision et de négociation des femmes, coût d'achat du préservatif, distances à parcourir pour se procurer les préservatifs, etc.) afin d'avoir une portée sociale réelle et connaître une pleine réussite.

 

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